La facture intérieure : l’Amérique qui paie

Le populisme tarifaire repose sur une fable simple : les étrangers paieront. La fable s’est retournée en huit mois.

La Banque centrale de New York a chiffré l’addition, les droits de douane de 2025-2026 ont ajouté près de trois points à l’inflation des biens de consommation, un quart de cette hausse venait de produits fabriqués aux États-Unis. L’arnaque parfaite, le contribuable paie deux fois la protection qu’on lui vend. Par foyer, la facture tourne autour de 1 000 dollars pour la seule année 2025. Le Congrès porte le coût cumulé à 231 milliards de dollars. Le taux effectif des droits de douane a atteint des niveaux que l’Amérique n’avait pas vus depuis un demi-siècle, les baisses d’impôts triomphales du président ont été intégralement neutralisées par la charge tarifaire, selon les comptables eux-mêmes.

Les victimes ont un profil, et ce profil est celui des électeurs de Trump. Les ménages de moins de 50 000 dollars par an. Les moins de quarante-cinq ans. Les travailleurs sans diplôme. La coalition oubliée qui a porté le candidat au pouvoir découvre qu’elle paie l’addition de sa propre victoire. Un électeur sur quatre seulement approuve la gestion de l’économie. Huit sur dix désapprouvent la gestion du coût de la vie. Une majorité d’électeurs se déclare moins bien lotie qu’au moment du vote. Le verdict tombe en moins de deux ans, la promesse ne survit pas à la facture.

L’Amérique a inventé une variante du Brexit. Pas de référendum, pas de bus. La même transaction, un sentiment de contrôle immédiat contre une décennie de pouvoir d’achat. Le Royaume-Uni a payé en silence pendant dix ans. L’Amérique paie en direct.