
L’Amérique s’est donné un spectacle que le Brexit n’avait jamais offert, l’autodestruction populiste mesurée chaque semaine par les instituts de sondage.
Le Royaume-Uni a mis dix ans à comprendre ce qu’il avait fait. L’Amérique a mis dix-huit mois. La popularité présidentielle est passée de plus de cinquante pour cent à trente. L’identification au parti républicain recule de six points en un an, trois fois plus vite que pendant le premier mandat. Le parti du président a perdu, dès 2025, le cinquième de tous les sièges soumis à élection partielle. Les instituts prévoient pour novembre 2026 une défaite comparable à celle du parti de George W. Bush en 2006, la Chambre perdue, le Sénat probablement avec.
Ce qui distingue l’effondrement américain de la lente agonie britannique tient en une phrase : Trump a promis la baisse des prix et livré une taxe. Le populisme britannique n’a jamais été mis à l’épreuve du pouvoir par les prix. Theresa May et Boris Johnson ont pu blâmer le Covid, l’énergie, la guerre. Trump n’a aucun alibi. Il a imposé lui-même la taxe, au grand jour, en signant les décrets devant les caméras. Ses propres électeurs règlent la facture chaque semaine à la caisse d’épicerie. Farage avait désavoué le chiffre du bus dans les heures suivant la victoire. Trump n’a même pas ce luxe, le chiffre de la facture est le sien, il le porte à chaque sondage.
Reste un danger que le Royaume-Uni n’a jamais connu. Un peuple peut refuser de payer la facture, il lui suffit de nier la facture. Le président prépare déjà le récit, une victoire prouvera que le système fonctionne, une défaite prouvera qu’elle a été volée. Son administration a refusé, pour la première fois depuis 2002, d’inviter les observateurs internationaux à surveiller le scrutin, et elle a annoncé l’envoi de ses propres milliers d’observateurs fédéraux dans les bureaux de vote. Un ministre britannique de l’époque du Brexit avait eu ce mot, le pays s’est regardé dans le miroir et n’a pas aimé ce qu’il a vu. L’Amérique de 2026 a prévu de casser le miroir.
